Coronavirus : initiatives solidaires et bonnes pratiques

Des Scop et Scic témoignent

8 Fablab, Crest (Drôme) : « Si des industriels veulent reprendre notre modèle de visière de protection, libre à eux ! »

Fablab


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme l’accueil du public n’était plus possible dans le 8 Fablab de Crest (Drôme), l’équipe salariée s’est demandé comment elle pouvait être utile aux soignants. « Nous avons eu très vite l’idée d’utiliser nos stocks de plexiglas pour fabriquer des visières de protection et dans le même temps, nous avons vu que d’autres fablabs commençaient à diffuser des fichiers de modèles de visières plastiques lavables en open source, détaille Vincent Bidollet, chargé d’animation. Nous avons créé notre propre modèle et nous avons commencé à le diffuser auprès des pharmacies locales et de commerces. » Aujourd’hui, le 8 Fablab a déjà fabriqué 800 visières et c’est plus de 2 500 qui ont été fabriqués en tout dans la Drôme, car la coopérative a donné ses fichiers à des lycées techniques. Le prix des visières est libre, mais les destinataires font souvent œuvre de solidarité pour soulager les finances de la coopérative. Après la publication d’une vidéo sur leur initiative, d’autres fablabs en France ont aussi repris le prototype drômois pour le fabriquer.


« En temps normal, les fablabs ont été créés pour que les citoyens se réapproprient les techniques de fabrique industrielle sur les machines à commande numérique et deviennent des makers, complète Vincent Bidollet. Aujourd’hui, ça s’est inversé : on propose nos modèles aux industriels et on attend qu’ils les fabriquent en grande quantité. Nous avons eu l’agilité pour répondre à un besoin urgent, pour améliorer le prototype à la demande des utilisateurs  et maintenant le relais doit être pris par les industriels qui ont remis leurs machines en route. » Vincent consacre un quart de son temps à la fabrication, mais il a été placé, comme ses six collègues en chômage partiel, des projets d’animation avec les écoles ayant été naturellement stoppés. Demain, la Scic, créée en 2014, espère que tous ses projets avec des collectivités, des associations et des entreprises pourront repartir.

https://8fablab.fr/
 

Acome, Mortain (Manche) : « Nos deux usines de Wuhan ont repris leur activité. Ce qui est un signe d’espoir que l’épidémie est domptée »

Acome

 

 

 

 

 

 

 

 





 

 



« Nous avons malheureusement vu la crise sanitaire arriver avec nos deux usines à Wuhan
, explique Jacques de Heere, PDG d’Acome. Nous savions que le confinement serait nécessaire et toucherait nos 13 usines dans le monde, notamment à Mortain. Notre usine normande a dû s’arrêter trois jours avant d’organiser la continuité de l’activité. Deux principes guident notre conseil d’administration : établir des barrières sanitaires pour les salariés et maintenir la filière industrielle pour assurer la maintenance des réseaux telecom qui sont d’importance stratégique. Sur le premier point, nous avons mis en place une heure et demie de formation sur les gestes d’hygiène par vague de 10 salariés et les flux de personnes dans les usines sont régulés. Sur le deuxième point, les lignes de fabrication des câbles ont été remises en route par les salariés sur la base du volontariat. Plus de 300 (sur le millier qui travaille à Mortain) se sont déjà portés volontaires pour la fabrication, la préparation des commandes et les livraisons. Nos deux usines de Wuhan ont aussi repris leur activité. Ce qui est un signe d’espoir que l’épidémie est domptée.»

« A côté de la reprise du secteur des câbles pour le réseau, l’activité de câblage automobile s’est fortement réduite, poursuit Jacques de Heere. C’est pourquoi nous avons mis en œuvre le chômage partiel, mais sans demander de report des charges. C’est aussi une manière de participer à la solidarité nationale. Notre solidarité s’est aussi manifestée au niveau local, avec la fourniture de matériels de protection. Il était aussi important qu’Acome reprenne pour l’activité économique dans la Manche ; on considère que les 1 000 salariés de Mortain soutiennent le travail de 5 000 personnes localement ! On constate que la résilience est forte dans une Scop, avec un engagement des coopérateurs, une fois les règles sanitaires bien établies. Nous venons d’ailleurs de lancer une chaîne Youtube Acome inside pour expliquer à nos salariés et à nos clients comment nous assurons la continuité de nos activités. » En tant que président des Scop de l’industrie Jacques de Heere estime enfin qu’à la fin de la période de confinement et pour la relance de l’économie, il faudrait que l’intercoopération joue pleinement pour que les Scop puissent s’entraider.
 

Les Ain’trépides, Béligneux (Ain) : « Nos livreuses de repas à domicile maintiennent le lien social »


Aintrépides
 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Béligneux, une ville de 3 500 habitants de l’Ain, la Scic Les Ain’trépides a décidé de poursuivre son activité de portage de repas à domicile à destination des personnes âgées ou à mobilité réduite. La coopérative a même décidé de prendre le relais d’autres entreprises concurrentes, qui ont arrêté leur activité. Ce qui occasionne un surcroît de travail pour les trois livreuses : le week-end de Pâques, c’est plus de 2 500 plats qui sont distribués localement. « Pour nos trois livreuses, la question ne s’est pas posée de poursuivre, explique Karine Vial, la directrice des Ain’trépides. Dans le secteur de la distribution alimentaire, nous sommes déjà habituées à des règles d’hygiène très strictes. Et pour les salariées, continuer à livrer fait partie de la solidarité à montrer aux habitants. En respectant les règles de distanciation, c’est important aussi qu’elles puissent échanger quelques mots avec les personnes isolées. »

L’activité de portage à domicile a été créée au sein de la Scic il y a déjà quelques années à l’initiative d’une salariée. Le premier métier de la coopérative, née en 2007, est en effet centré autour des activités périscolaires. « Comme c’est une activité à temps réduit, poursuit Karine Vial, notre salariée a proposé de développer le portage qui n’existait pas encore à Béligneux, pour compléter leur temps de travail. » Aujourd’hui, la Scic compte 10 salariées. Mais 6 d’entre elles ont donc dû passer en chômage partiel mi-mars, après la fermeture de l’accueil des enfants du personnel soignant que les Ain’trépides ont assuré pendant une semaine (les enfants ont ensuite été regroupés dans une autre ville). Pour autant, avec une trésorerie saine, assurée par l’activité de portage, Les Ain’trépides ont décidé de ne pas faire de demande de prêt d’entraide et de solidarité de Socoden. « Nous pensons que d’autres coopératives en ont plus besoin que nous, estime Karine Vial. On ne fait pas de demande par solidarité avec elles. »

Alilo, Bordeaux (Gironde) : « Il fallait qu’on garantisse des débouchés aux producteurs de fruits et légumes frais »


Alilo

 

 




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Scop bordelaise Alilo est un organisme de formation spécialiste des circuits courts entre les agriculteurs et les consommateurs. Elle propose depuis plusieurs années déjà un système de gestion simplifiée, Cagette pro, pour la mise en relation des uns et des autres, que ce soit sous forme de drives, de ventes à la ferme ou de groupements d’achats. « Quand les préfets ont interdit les marchés de plein vent dans la dernière semaine de mars, nous savions que nous avions une réponse déjà opérationnelle pour les producteurs, indique Coline Forget, chargée de communication d’Alilo. Dès le lendemain des annonces, des producteurs nous ont contactés et aussi des chambres d’agriculture et des réseaux bio. Nous avons créé en 24 h 00 un kit d’urgence pour créer son marché en ligne avec gestion des commandes. Il s’agit d’une formation réduite à 3 heures pour utiliser notre outil informatique. Elle est mise à leur disposition et on ne sera rémunérés que si les producteurs choisissent de suivre la formation complète de 25 heures cet été. En bout de chaîne, les consommateurs ne paient donc que le juste prix des produits sans marge ajoutée. » En quelques jours, 800 producteurs de toute la France ont adopté la solution Cagette pro, pour créer leurs nouveaux points de vente garantissant les barrières sanitaires comme le drive zéro piéton d’Auch (paniers déposés dans le coffre) ou la livraison des Amap avec les masques à Gannat. Une vraie innovation !

Tous en télétravail, les 5 salariés d’Alilo n’ont pas baissé d’intensité de travail. Pour mettre au point le kit d’urgence, les développeurs ont travaillé jour et nuit. Des CDD ont été recrutés pour assurer le suivi de Cagette pro et l’information des agriculteurs. Ce qui s’avère être une vraie solution pour les agriculteurs qui ont trouvé de nouveaux débouchés et n’ont pas été obligés de jeter des produits frais. Non seulement de nouveaux producteurs ont rejoint la Scop, mais la totalité des commandes assurées par les 1 500 utilisateurs plus anciens a plus que triplé ! « L’objectif d’Alilo est de favoriser la vente directe et de contribuer à la résilience alimentaire, complète Coline Forget. On espère donc que les consommateurs garderont leurs nouvelles habitudes d’acheter auprès des producteurs ou de faire des groupements. » Car il est aussi possible pour un groupe de citoyens d’initier des groupes Cagette et c’est ensuite la coopérative qui repère les producteurs locaux.

https://www.cagette.net/

 

Dire le travail, Paris : « Nous recueillons les témoignages de ceux qui travaillent pendant le confinement »

Pour la Scic Dire le travail, il n’était pas question d’arrêter de faire parler les personnes de leur activité professionnelle. « Dès le début du confinement, nous nous sommes demandés comment nous pouvions être utiles, précise Patrice Bride, gérant de la coopérative. Et comme le confinement a d’évidentes conséquences sur le travail, nous avons ouvert sur notre site un espace pour recueillir les témoignages de ceux qui travaillent pendant cette période, qu’ils aient basculé de manière nouvelle dans le télétravail, qu’ils soient en activité partielle ou qu’ils soient en première ligne pour combattre l’épidémie. » De nombreux textes ont déjà été publiés, certains envoyés directement à la coopérative, d’autres recueillis par téléphone ; certains reviennent sur le site pour compléter leur premier témoignage. « Comme nous le faisons d’habitude, complète Patrice Bride, on se contente de mettre en forme la parole des gens, sans filtrer ce qu’ils disent. Par rapport aux écrits qu’on récolte depuis six ans, on remarque que le thème du travail empêché revient très souvent dans les textes sur le confinement. Les gens regardent autrement le travail. Ils sont bousculés.»

Malheureusement, c’est aussi parce que l’activité économique de la Scic s’est ralentie que les coopérateurs ont lancé ce nouveau chantier de collecte de témoignages. « En mars, nous devions signer deux importants contrats pour deux nouveaux livres d’entretiens, indique Patrice Bride. Mais tout a été suspendu. Nous avons donc demandé à bénéficier du Fonds de solidarité pour les petites entreprises. On a souhaité mettre notre temps disponible au service de ce projet lié au confinement. On ne travaille plus dans les conditions habituelles, puisque d’habitude on se retrouve pour parler des textes ; on a perdu cette qualité de travail. Nous en profitons aussi pour repenser notre modèle économique, car on ne retrouvera sans doute pas certains budgets d’entreprises, d’associations ou de collectivités qui veulent donner la parole à leurs salariés. Pour le monde du livre et de l’écriture, la reprise sera compliquée… Mais on continuera aussi de dire le travail dans le dé-confinement ! »

Pour le recueil de témoignages sur le travail pendant le confinement, Dire le travail fait aussi appel aux salariés des coopératives. N’hésitez pas à les contacter sur leur site. Vous avez tous et toutes des expériences importantes de cette période à partager.

http://www.direletravail.coop/
 

 

Les Volcans, Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) : « Nous avons créé une page Facebook pour maintenir le lien avec les lecteurs »

C’est bien volontiers que la librairie Les Volcans s’est associée à l’initiative de la Bibliothèque universitaire de Clermont-Ferrand : donner à lire des ouvrages des auteurs de la région Auvergne sur la page Facebook Sur la pile. « Notre idée commune est de maintenir un lien social par la lecture, souligne Margaux Bouchardon, salariée de la librairie. Sur cette page, on trouve un livre chapitre après chapitre, mais aussi des photos et des idées pour lancer des débats. Une première auteure, Marie-Hélène Lafon et sa maison d’édition, Buchet Chastel, ont accepté que Album - c’est le titre de ce livre sur le Cantal - soit accessible à tous les lecteurs. Cela semble fonctionner et un deuxième livre va être diffusé. » Comme tous les autres salariés, Margaux Bouchardon a été placée en chômage partiel, sachant que toutes les librairies françaises ont dû fermer leurs portes. « Au grand dam de nos habitués, qui ne cessent de nous demander quand nous allons rouvrir… », conclut la responsable de communication et d’animation.

« Dans cette période complexe pour les librairies, on retrouve la même solidarité locale qu’au redémarrage en Scop il y a six ans, remarque Martine Lebeau, gérante des Volcans. Nos lecteurs attendent en effet la reprise, en patientant avec nos offres numériques. Et leur fidélité nous aidera à repartir. Grâce aux réserves coopératives et à notre solidité économique, nous allons réussir à passer ce cap. Une grande librairie comme nous (43 salariés) est moins en danger que les petites librairies. Heureusement il y a aussi de la solidarité dans la chaîne du livre : les éditeurs et les diffuseurs ont repoussé le paiement des factures à 60 ou 90 jours. Et il devrait y avoir aussi des prêts spéciaux pour le secteur culturel. » Autre signe de solidarité : la librairie a également fourni des couvertures de reliure PVC de son rayon papeterie pour fabriquer des masques !

Scop TI, Géménos (Bouches-du-Rhône) : « Nous avons bénéficié de la solidarité locale pour créer la Scop TI. Nous avons décidé de redonner de cette solidarité en offrant masques, blouses et charlottes aux soignants »

 
Scop Ti
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

A Géménos (Bouches-du-Rhône), les quarante salariés de Scop TI ont été unanimes pour donner des kits d’hygiène aux hôpitaux et aux professionnels de santé de Marseille. « Le mardi qui a suivi l’annonce du confinement, nous avons fait une réunion sur la pelouse devant l’usine, en respectant les règles de distanciation, évoque Olivier Leberquier, président de la coopérative. Une fois que nous avons expliqué notre nouveau fonctionnement à tous les salariés, nous avons interrogé le médecin du travail sur les mesures de protection. Comme elles étaient déjà élevées dans une entreprise d’agro-alimentaire comme la nôtre, elle nous a confirmé que nous pouvions donner des masques qu’on avait en stock. Donc, nous avons distribué des masques, des blouses et des kits à l’hôpital de la Timone, auprès d’ambulanciers et de médecins généralistes. Dans nos colis, nous avons rajouté des thés et des infusions pour qu’ils puissent apprécier des moments de récupération. »

Depuis la reprise de Fralib par ses salariés en 2014, la coopérative est sur une bonne dynamique de développement, avec sa marque 1336. Mais la crise sanitaire va provoquer des ajustements. « Dans une période comme celle-ci, c’est une force d’être une entreprise collective, poursuit Olivier Leberquier. La décision a été prise tous ensemble de maintenir l’activité, en ayant pour objectif premier la santé des travailleurs. Nous avons distribué des gels. Et nous avons mis en place deux équipes de production, de 6 h 00 à 11 h 00 et de midi à 17 h 00. Malgré cela, nous aurons du chômage partiel et aussi du télétravail pour les activités administratives. Dans une coopérative, on ne découvre pas la solidarité. Nous avons bénéficié de la solidarité locale pour créer la Scop TI. Nous avons décidé de redonner de cette solidarité. »

https://www.scop-ti.com/
 

 

Toutenvélo, Rennes : « La coopération entre les transporteurs vélo s’est renforcée »

ToutenveloCela fait déjà quelques années que Toutenvélo, la Scop de logistique urbaine de Rennes et ses « freechises », ont ajouté à leurs missions de déménagement, la livraison de colis ou de paniers. Depuis plus d’un mois cette tendance s’est renforcée. « Notre offre de course s’est diversifiée, souligne Olivier Girault, un des co-fondateurs de Toutenvélo. Si d’un côté nous avons eu des contrats suspendus (navettes entre les agences de ville par exemple), de l’autre nous avons augmenté nos livraisons vers les particuliers (paniers d’aliments) ou vers des professionnels (produits de santé). La Chambre d’agriculture de Rennes a mis en place un drive fermier près de ses locaux et a fait appel à des transporteurs à vélo. C’est ainsi que nous livrons 100 paniers par semaine au domicile des Rennais. Et cela nous a amené à coopérer avec d’autres groupes de transporteurs à vélo pour les distribuer. On donne du travail à ceux qui en ont moins et ils le font aussi en retour sur d’autres activités. » La même coopération s’est mise naturellement en place dans les autres sites Toutenvélo, comme à Marseille ou à Caen, ceux-ci ayant par exemple entamé des coopérations pour la livraison de Biocoops vers les consommateurs confinés.

« La forme coopérative a largement contribué à ce que l’entreprise Toutenvélo continue de bien fonctionner, se félicite Olivier Girault. La première semaine de confinement, nous avons quasiment arrêté de travailler face à la rupture des contrats qu’on subissait. Mais nous avons aussi discuté entre tous les salariés (une dizaine aujourd’hui) pour trouver des solutions. Dans une Scop, le dialogue social est facile. On le voit dans chacune des freechises. Avec la proposition de la Chambre d’agriculture et les missions venues d’autres transporteurs, nous avons décidé de reprendre dès la deuxième semaine. Du coup, une seule personne est en chômage partiel, une autre garde ses enfants, ceux qui doivent prendre leurs congés les prennent maintenant pour ne pas pénaliser la future reprise d’activité, mais l’atelier de fabrication des vélos est reparti » Des vélos spéciaux avec compartiments pour le transport des aliments ont d’ailleurs été développés à cette occasion ! « Alors qu’on n’était pas totalement reconnu pour le transport de denrées, nous espérons que cette expérience se poursuivra à la fin du confinement, souhaite Olivier Girault. On espère aussi que la mobilité douce continuera d’être encouragée, puisqu’on sait maintenant que le réchauffement climatique a un impact très fort sur la santé des gens… »

 

Lune bleue, Toulouse : « Nous fabriquons dans la cuisine de notre auberge des sandwiches qui sont distribués dans les hôpitaux de Toulouse »

lune bleue

Difficile de décrire la toute jeune Scic Lune bleue (elle est née en octobre dernier) en un seul mot ! Lune bleue, dans le centre de Toulouse, est une coopérative hybride qui mélange les métiers, mais qui le fait au service de la transition écologique. Dans un même lieu, on trouve donc une auberge labellisée Ecotable, un studio de création et de communication et un laboratoire de transition (pour la sensibilisation des différents publics à la transition). « Cette triple activité est la chance qu’on a par rapport à des restaurants classiques, indique Mélanie Tisné-Versailles, co-fondatrice de Lune bleue. Même si beaucoup de contrats sont suspendus, nous continuons à développer des sites et des applis. Et comme notre cuisine est fermée, nous avons proposé de la mettre à la disposition de l’association de restaurateurs Belles gamelles. Nos 28 sociétaires, salariés et bénévoles, se succèdent ainsi dans la cuisine pour fabriquer des sandwiches. Ils sont collectés par l’association et distribués dans les hôpitaux de Toulouse et les centres d’accueil de patients. »

En revanche, après avoir consacré les premiers mois à consolider leur activité, les six salariés devaient commencer à se rémunérer à partir de mars… Ce qui n’a évidemment pas pu se concrétiser avec la baisse du chiffre d’affaires consécutive au démarrage de la crise. « Comme nous n’avions pas encore de frais importants, notre trésorerie n’est pourtant pas mauvaise, confie Mélanie Tisné-Versailles. Nous avons partagé ensemble toutes nos décisions. Le fait d’être une coopérative atténue le stress et l’angoisse du moment. On n’est pas seule à la barre. Je me sens vraiment dans un entrepreneuriat humain. Et cette crise va nous inciter à être encore plus engagés dans la transition écologique et l’alimentation locale, à la reprise.» D’ici là, à côté de l’initiative Belles gamelles, Lune bleue envisage d’ouvrir une épicerie éphémère pour les producteurs locaux et une plateforme de vente à emporter, qui soit plus solidaire pour les livreurs. La crise n’arrête pas les innovations.

https://lunebleue.coop/

Fontanille, Espaly Saint-Marcel : « Nous avons changé nos modes de production pour fabriquer des rubans pour les masques et des masques lavables »

fontanille

Depuis le début de la crise épidémique, les masques constituent un des éléments essentiels de la protection des soignants et du grand public. De nombreuses Scop de l’industrie textile se sont rapidement mises en ordre de marche pour fabriquer des masques, que ce soit dans le cadre du projet global Résilience ou par leur initiative personnelle. Pour cette fabrication stratégique, la Scop Fontanille, en Haute-Loire, n’a quasiment pas arrêté de faire tourner ses lignes de production. « Fontanille est la seule entreprise française intégrée pour le ruban, souligne Rolland Arnaud, son PDG. Nous avons décidé collectivement de mettre notre savoir-faire dans la fabrication de rubans élastiques. J’ai organisé des réunions par 5 pour nos 38 salariés et nos dix intérimaires, pour entendre ce que chacun voulait faire. En mettant en place des gestes-barrières, 100 % des salariés ont été d’accord pour poursuivre l’activité. Nous avons fait un premier modèle de ruban, puis un deuxième. Nous avions les compétences en interne, mais on ne faisait plus ce type de rubans. Depuis, nous fournissons des entreprises du secteur médical, y compris à l’export, en Italie et en Pologne. Et de nombreux nouveaux clients nous contactent. »

Fort de son savoir-faire, Fontanille a aussi planché sur la création d’un masque textile. « Comme on le fait d’habitude pour nos nouveaux clients, nous nous sommes mis en mode projet, ajoute Rolland Arnaud. Nous n’avons pas de bureaux d’études, car nous préférons travailler directement avec les coopérateurs dans les ateliers qui suivent le projet de A à Z, de la conception jusqu’à l’accompagnement des clients. Ca marche parce qu’on est une Scop, qui met l’accent sur la formation, sur l’apprentissage et la polyvalence des salariés. C’est une des nos alternantes qui pilote ce projet dans lequel toute la chaîne de production est impliquée. Le masque est prêt. Nous venons d’obtenir la validation du ministère de la Défense, en fonction de son cahier des charges (masque lavable plusieurs fois à 60 %). La production va donc pouvoir commencer. » La réactivité de Fontanille à une situation exceptionnelle est aussi la marque de cette entreprise cent-cinquantenaire, devenue une Scop en 2012, et qui a su rebondir depuis dans la fabrication de rubans pour la mode ou les bas de contention, mais aussi pour les industries aéronautiques et pneumatiques.

http://www.fontanille.fr/

Le Journal Toulousain, Toulouse : « Les prochains abonnements à notre site seront transformés en dons pour l’hôpital public de Toulouse »

La crise sanitaire ne fait qu’accentuer la fragilité économique de la presse. Malgré cela le Journal Toulousain devenu une Scop en 2014 a choisi de faire don de ses nouveaux abonnements à l’hôpital public de Toulouse. « Nous sommes un journal de proximité, insiste Guillaume Truilhé, responsable du développement. Dans cet esprit de solidarité locale, nous avons décidé de faire des dons de cette manière aux soignants. Nous allons essayer d’étendre notre initiative en interpellant les collectivités locales, pour avoir un peu plus de ces abonnements. » La crise est en effet arrivée alors que le Journal Toulousain venait de basculer totalement sur le web, avec un accès gratuit pour les informations locales et un compte payant pour des dossiers fouillés sur les innovations de demain, et que les huit salariés envisageaient de dupliquer leur journal dans d’autres métropoles. « Notre modèle économique est basé sur les abonnements, mais surtout sur la publication des annonces légales, détaille Guillaume Truilhé. Or, celles-ci sont totalement arrêtées depuis un mois… Seules quelques collectivités ont accepté de prendre un peu plus de publicité par solidarité. Nous avons donc dû réduire notre activité et prendre des mesures de sauvegarde. »

« Face à cette situation, les trois commerciaux ont été placés en chômage partiel et deux des quatre journalistes sont à mi-temps, ajoute-t-il. Par ailleurs, nous montons des dossiers financiers, comme la demande de prime pour les TPE qui perdent 50 % de leur chiffre d’affaires, ou le prêt Rebond de la Région Occitanie. L’UR Scop nous aide à repérer les aides auxquelles nous sommes éligibles. Car on a envie d’être prêts pour la reprise ! » Il en est de même pour la seule école de journalisme en Scic, l’Institut supérieur de journalisme de Toulouse (ISJT), dont Guillaume Truilhé est également le directeur : « comme tous les établissements d’enseignement nous sommes fermés, avec des cours à distance. C’est le recrutement de nos futurs étudiants qui s’avère compliqué. Mais là encore le statut coopératif nous permet d’envisager des solutions, en mettant à contribution nos parties prenantes. »

https://www.lejournaltoulousain.fr/

Ethiquable, Fleurance (Gers) : « Nos amis producteurs dans les pays du Sud sont heureux que le commerce équitable continue et ils nous le disent »

IMG_20200408_102316La situation économique des Scop de l’agro-alimentaire, comme Ethiquable, tient au constat suivant : pendant le confinement, les 200 millions de repas pris toutes les semaines hors domicile ont largement réintégré les foyers ; plus de bars, ni de restauration collective, les Français se sont naturellement précipités vers les enseignes de proximité pour se nourrir. L’agro-alimentaire et la distribution connaissent une forte activité. En accord avec les 118 coopérateurs de la Scop de Fleurance (Gers), et avec des règles sanitaires renforcés pour eux-mêmes, Ethiquable continue d’assurer les commandes depuis le début. « Notre situation économique est paradoxale dans la crise, indique Rémi Roux, un des co-fondateurs d’Ethiquable, puisque les commandes n’arrêtent pas. Nous avons par exemple fourni à des enseignes parisiennes la farine de notre marque Paysans d’ici, lorsqu’elles étaient en rupture de stock. Au Sud, nos filières d’approvisionnement fonctionnent toujours ; nos amis producteurs dans les pays du Sud sont heureux que le commerce équitable continue et ils nous le disent. Le commerce équitable fait la preuve de la solidarité internationale. » Ethiquable a aussi poussé la solidarité en France, en gelant les factures des restaurants et des traiteurs contraints de fermer leurs portes.

La coopérative a toutefois dû se réorganiser. Un tiers des salariés travaillent par roulement dans les entrepôts, un petit tiers (notamment les commerciaux) est en chômage partiel et le dernier tiers est en télé-travail. « Nous avons organisé toutes nos réunions, comme celle du CSE en visio-conférence, ajoute Rémi Roux. On informe tous les coopérateurs à chacune des étapes de la vie de l’entreprise. » Certains se mobilisent aussi pour faire des dons (chocolat, thés, boissons) à l’hôpital et à l’Ehpad de Fleurance. Rémi Roux s’est en plus engagé dans le mouvement Entrepreneurs solidaires lancé par un média local, pour apporter le soutien de la Scop aux entreprises des secteurs sinistrés. Le co-gérant confie enfin qu’il faut se préparer attentivement à la sortie de crise : « au moment de la crise financière en 2008, ce sont les années qui ont suivi qui ont été compliquées pour notre entreprise. Cette fois-ci, nous avons grandi et ça devrait aller, mais il en faudra en profiter pour faire entendre notre voix pour un commerce plus juste et remettre en cause le système global. »

https://www.ethiquable.coop/

Elan créateur, Rennes : « Les Couturières masquées ont créé une coopérative éphémère au sein de notre CAE pour fabriquer des masques en tissu »

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Les Couturières masquées, c’est la rencontre d’une solidarité locale et de la solidarité coopérative. Les couturières de l’Ille-et-Vilaine ont voulu, dès le début du confinement, participer à l’effort national de fabrication des masques en tissu sous le nom de Couturières solidaires 35 et les 5 couturières de la CAE rennaise Elan créateur ont souhaité s’y associer avec le petit groupe des Couturières masquées. « Le groupe est animé par Marine Prevet, dont l’activité de restauratrice d’objets d’art est malheureusement en sommeil, précise Isabelle Amauger, directrice générale d’Elan créateur. Elle a pensé que la CAE pourrait s’impliquer dans les masques à la suite d’une première sollicitation de Biocoop ; les Couturières masquées est un projet économique, politique et féministe. Les masques sont aux normes AFNOR et en attente de l’homologation de la DGA ; le tissu est en coton équitable. Elan créateur a décidé collectivement de réaliser ce projet sous la forme d’une coopérative éphémère (du type coopérative jeunesse de services), afin que des couturières extérieures à la CAE puissent s’y rattacher en contrat CAPE. » En tout, un millier de masques ont déjà été vendus à Biocoop, des collectivités et des associations.

Le projet des Couturières masquées est important aussi parce qu’il contribue au maintien de l’activité économique de la CAE, alors que de nombreux entrepreneurs-salariés sont à l’arrêt ; un prêt garanti par l’Etat a été demandé par la coopérative. Sur les 120 entrepreneurs, près d’une cinquantaine sont en activité partielle. « Nous avions un petit doute au départ sur la possibilité d’en bénéficier pour les entrepreneurs-salariés, évoque Isabelle Amauger. Mais nous avons été très vite rassurés par l’UR Scop de l’Ouest qui nous a aidés à trouver le bon mécanisme pour avoir le chômage partiel. Nous avons également échangé plus que d’habitude avec les autres CAE bretonnes. L’intérêt d’être un collectif, c’est que nous avons pu trouver les bonnes solutions pour chaque personne. Quand les salariés discutent avec des personnes qui font le même métier qu’eux mais en indépendants, ils se rendent compte que c’est une chance d’être dans une CAE ; même en activité partielle par exemple ils ont droit à la formation. Nous avons aussi essayé de mettre en place des idées pour la reprise d’activités dans des rencontres en visioconférence Mon marché et le Covid-19. »

 

https://couturieresmasquees.fr

O Tempora, Bordeaux : « Notre Scop a été la première à réaliser une attestation et une fiche de consignes pour les gestes-barrières en FALC »

« Comme nous sommes une agence de communication et de conseil qui travaille pour les acteurs de l’intérêt général et à destination de personnes (migrantes ou en insertion) qui peuvent avoir du mal à recevoir des messages, nous avons immédiatement pensé à elles en voyant les premières attestations de déplacement, explique Sophie Humbert, gérante d’O Tempora, à Bordeaux. Comment allaient-elles faire avec ces documents compliqués ? Nous avons décidé tout de suite de faire une version en FALC (facile à lire et à comprendre). Nous avons voulu la faire valider par le ministère, qui était en train d’en faire une de son côté. Avant que la leur soit diffusée, notre version FALC a été partagée des milliers de fois sur les réseaux sociaux. Dans la foulée, nous avons aussi édité les consignes d’hygiène en FALC et une fiche sur le circuit de distribution des produits alimentaires pour une association bordelaise. En tant que salariés dans une agence de communication, on essaie de faire notre part, en étant solidaires des fragilités. »

En période de crise, les actions de communication continuent d’être importantes. Ce qui explique que les 16 salariés d’O Tempora aient poursuivi leur activité (avec seulement trois temps partiel) au service de leurs clients. « Nous sommes tous passés en télétravail jusqu’à fin mai, complète Sophie Humbert. Nos bureaux sont fermés. Mais on a presque gagné en fluidité sur nos méthodes de travail. Nous voulions avoir la même qualité en télétravail. Le fait d’être une Scop a constitué un avantage, car nous sommes habitués à travailler en mode horizontal, à avoir de l’autonomie sur nos dossiers et à prendre des décisions. On a dû travailler en urgence avec certains (logement social, médecine du travail) ; on a fait des relations presse bénévoles pour des associations. Cela nous a soudés. En interne, chaque semaine, on se donne aussi deux temps collectifs en visio-conférence. Cela fait du bien au moral ! Au final, on constate que la coopération est un levier efficace pour faire face à ces crises. »

http://www.otempora.com/

 

CAE Clara et Clarabis, Paris « Les entrepreneurs-salariés ont organisé le troc des savoirs en mode digital »

Le télétravail est devenu le mode normal de travail de Clara et Clarabis, depuis la fermeture complète des bureaux de la CAE parisienne jusqu’au mois de juin. De manière contre-intuitive, cela a multiplié les occasions de contacts et de rencontres entre les 120 entrepreneurs-salariés et l’équipe de dix permanents. « D’habitude, les référents de Clara ont un rendez-vous par mois avec chacun des entrepreneurs, précise Mathias Verseron, responsable du développement. Nous avons renforcé le nombre de rencontres par visioconférence et tous les jeudis nous faisons un point sur les perspectives avec ceux qui le souhaitent. On en voit l’utilité et on maintiendra ces temps d’échanges en visio après le confinement. Dans une CAE, on pousse aussi aux associations entre entrepreneurs sur des marchés communs et aux échanges de savoirs entre pairs. C’est pourquoi les entrepreneurs-salariés ont organisé le troc des savoirs en mode digital. » Et également, l’équipe de Clara a souhaité continuer les réunions d’information à destination des porteurs de projet qui ne connaissent pas encore la coopérative, avec la même régularité et avec autant d’inscrits qu’en temps normal.

La coopérative a aussi fait la preuve de la sécurité qu’elles pouvaient apporter à des entrepreneurs principalement issus des secteurs de la culture, des arts et du numérique. Les salaires ont été maintenus en mars pour tous. En avril, chaque situation a été individualisée : chômage partiel, chômage pour ceux qui étaient déjà inscrits à Pôle emploi, congé enfant. « Nous nous sommes très vite assurés auprès de la CG Scop que les entrepreneurs salariés pourraient bénéficier de toutes ces mesures, indique Mathias Verseron. Pour la CAE, les charges sociales vont être reportées à l’été ; nous allons aussi demander un prêt garanti par l’Etat. Avec cette sécurisation, les entrepreneurs salariés se sont réinventés. Ils ont lancé de nouveaux projets, ils mettent l’accent sur l’une de leurs activités quand ils en ont plusieurs ou ils font appel à la formation professionnelle, à laquelle ils ont droit. » Pour Clara, la reprise est déjà là. Seule l’AG est décalée à septembre.

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Scic Culture et santé, Bordeaux « Nous avons lancé l’initiative Bonjour pour écrire aux résidents isolés des Ehpad »

Comme son nom l’indique bien clairement, le Pôle bordelais Culture et santé fait le lien entre les deux univers : amener la culture dans les établissements de soin et sensibiliser ceux-ci aux bienfaits des arts et de la musique pour les résidents et les personnels. Malgré les difficultés de fonctionnement des associations culturelles dans cette période, la plupart des acteurs du réseau Culture et santé en Nouvelle Aquitaine ont fait renfort d’imagination pour égayer la vie des confinés. « Le projet Bonjour a été inventé par l’association Palabras, souligne Capucine De Decker, coordinatrice de la Scic Culture et santé. L’idée est de pouvoir adresser des messages (lettres, dessins) aux résidents isolés dans les Ehpad, avec lesquels travaillent nos animateurs. Palabras a travaillé avec l’Ehpad girondin avec lequel ils ont déjà des actions. Nous avons trouvé l’initiative très utile et nous avons décidé de l’étendre à tous les établissements qui le souhaitaient. Dix Ehpad et centres de rééducation fonctionnelle ont accepté. N’importe quel citoyen peut participer en nous contactant. Je leur donne alors le prénom de la personne qui va recevoir le message, par l’intermédiaire de l’animateur. Les résidents reçoivent ainsi des courriers personnalisés. On a eu énormément de contributeurs : près de 400 écrivains ! »

Le projet Bonjour a tellement rencontré le succès que c’est devenu le temps plein de Capucine De Decker, qui est en télétravail comme les deux autres salariées de la Scic. « Nous avons essayé monter le projet de façon efficace, car par ailleurs on savait que les personnels médicaux seraient bien sûr mobilisés avant tout pour lutter contre l’épidémie, complète la coordinatrice. D’autres associations de Culture et santé ont développé leurs propres projets avec les équipes soignantes. Tout le monde avait besoin de ces rayons de soleil. » Parmi les autres exemples, la compagnie de clowns hospitaliers les Petits Mouchoirs a proposé des vidéos également pour les Ehpad, des visio conférences entre artistes et Ehpad ont été organisées au Pays basque, l’association Idi incite à créer des images multiples. Quant au projet Bonjour, il s’est arrêté avec la fin du confinement, mais avec l’idée que cela pourrait être relancé sous d’autres formes, par exemple un partenariat d’échanges épistolaires entre des écoles et des Ehpad.

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